Les lignes de fuite, comme dit*, étaient déjà là, et, pour la spirale et l'ellipse, y avait qu'à, et de quoi construire un système rigoureux et poétique, on n'avait pas la peine d'aller chercher plus loin les preuves de l'existence d'un art d'exister ici-bas, de la plus belle et grande manière, où le classicisme et les lumières se proposaient harmonieusement à l'oeil pour éveiller ce sentiment juste et clair, quoique fort et puissant, qu'on ne pouvait que réussir ici une bonne fessée. Tout y était: des bancs dans l'ombrage du cèdre du Liban, d'autres dans la pénombre des palétuviers, ou d'autres près des tournesols, tout était là pour correspondre à l'humeur et à la façon dont on voulait fesser une donzelle en jupons et dentelles, "pour faire du frago du plus bel effet, ou prendre, avec un peu plus de rose et de sienne brûlée, des manières de boucher", dit Léonard lancé.
"Cest Versailles ! pour le vice versé dans le grand style ou j' me trompe !", s'exclama Gerhardt qui, ébloui, ne savait où donner de sa tête d'empereur du soleil qui se pavanne dans ses jardins, suivi et entouré de ses confidents, conseillers et amis chers, la cour !, sans oublier le bouffon, Branquignol dans ses cabrioles, à la fête, au faîte de l'artifice et de la farce.
"Comme Rhino va être content ! C'est la vraie vie ici ! tout y est compté, dessiné, tracé, calculé,nommé, nomenclaturé, qu'il ne pourra pas se tromper, et quel exemple pour Doujésu ! Il faut qu'il commence par ça, par cette preuve édifiante de l'inexistence du Grand Niais malhonnête !" C'est déusse qui parlait, changeant et interchangeant son d minuscule pendant sa palabre, comme un champion de jeu d'échec, et le replaçant, après l'exécution de deux ou trois volutes, "sur la bonne case de l'échiquier", en grand philosophe maître du même toujours autre, génial !
Des fleurs avec leurs pétales éclatants ou juste un peu sur leurs tiges droites, longues, courtes ou à mi hauteur, il y en avait partout, bien rangées où il fallait, à leur bonne place les unes à côté des autres, chacune avec son rôle de composition d'un grand poème floral, sans être une présence anonyme, oh que non, toutes fières de participer, avec sa voisine, au dessein voulu par le grand jardinier en chef à qui il fallait dire deux mots, l'un pour le féliciter, l'autre pour demander: "croyez-vous qu'un rhinocéros ?..."
* Voir: "Le Jardin", samedi 30 aout.
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