dimanche 3 août 2008

La suite

"Eh ben quoi ?

- Tu m'en as trop dit ou pas assez.

- Pas de gourmandise !

- C'est tellement digeste, cette lecture !

- Elles sont même pas sèches, ces pages-là ! Que tu es un veinard, un vrai ! On dirait que mon stylographe travaille pour toi, scribaillon, il galope comme s'il avait la courante !

- Je ne suis que ton secrétaire.

- C'est ça. Bon. La voilà, ta suite !"



*

**Tonton tint à faire son intéressant remarqué, en pratiquant devant tout le monde son art de la haute voltige avec le naturel de l'époustoufle comme s'il était chez lui, ou se retrouvait en pays de connaissance qu'il avait quitté pendant quelque temps, sans avoir rien oublié, comme s'il était parti hier, "c'est comme le piano ou le vélo, ça ne s'oublie pas". Et que je te fasse des ronds et des huit entre les deux tours de la cathédrale, et des atterrissages en vol plané répétés. Ah, si U. voyait ça, trallala, elle me sucerait, oyé oyé !"
**Il n'avait pas assez de gargouilles pour se percher, pas assez de têtes de saints pour se poser, et il alla jusqu'à faire dinn ding dong contres les cloches des hautes tours pour qu'on le vît de loin, qu'on l'entendît de la côte en regardant bien, peut-être même de Hauteville, et que tous ces signes avant-coureurs résonnassent dans l'oreille du rhinocéros comme autant de "J'arrive !" salvateurs.
**Son spectacle d'ange éclatant dans le soleil remporta un franc succès reconnu par tous, ou à demi inavoué par Branquignol qui critiqua en douce avec des "Bon, d'accord, mais il a des ailes !", limite vexé que l'attention se portât vers le ciel et plus au ras des pâquerettes, où il avait l'habitude de présenter sa farce d'un goût douteux, à base de prouts et de calembours.
**Tous y allèrent de leur bon mot, le meilleur et le plus sincère, Tonton fait tout de même partie de la famille. Ainsi l'Aristo: "Il est bon, mais c'est un ange. Et pour nous, n'est-ce pas soeurette ?, l'angélisme ne fait pas avancer ma chose d'un pouce, même si... l'interdit...la transgression...p'tite pute... - Fréro Fréro, reprenez-vous ! - Je disais, oui, qu'un tel spectacle angélique peut servir, oui, l'homme, voyez-vous, a besoin de ceci pour avoir cela...et, oui, l'univers des formes, les grandes mises en scène, peuvent donner à la libido, comment dire... cette élévation vers la bassesse...comment dirai-je...hmmm...enfin, le rendre meilleur, plus humain, saperlipopette ! Oh, ma soeur, si j' pouvais, ne serait-ce que... Oh, cet anneau que l'ange trace autour de la flèche...j'avoue que... ah ! fais le premier pas, petite garce !! La Grande Rêverie se trémoussait, oui, mais d'admiration et d'émotion, les yeux au ciel, la croupe tendue...oh, il va tomber !
**C'était bien à Corbu d'amener sa fraise d'architecte dans le débat, d'autant que l'Aristo venait de tendre sa perche de l'univers des formes, ce monde qui touchait Léonard, mais qui rebutait l'Empereur qui ne les mettait pas toujours, ou avec des mots en bois, et qui charmait Giovanni, certes, pourvu qu'il ne touchât pas qu'avec les yeux.
**La forme et le fond, pour Léone, devaient être liés, bien ficelés, et enlevez c'est pesé, et elle y mettait tout son poids d'influence dans la balance, pour retrouver l'essentiel et mettre le paquet, ce bagage intellectuel énorme comme un baise-en-ville qui devait être remis à Rhino pour qu'il fessât, vite et bien.
*
**"C'est pas tout ça, mais j'ai autre chose à faire.
- ??? "

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