jeudi 31 juillet 2008

Départ de Saint-Sauveur

**Une semaine sans signe de vie de Victorien-georges Volcante. Il m'appelle ce matin. " Des repérages ! - Où ça ? - Entre La Guiche et Hauteville, pardi ! Ecoute !"
** Ce que j'ai entendu valait le coup d'oeil, "et encore, t'as pas tout vu ":

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**Pour quitter définitivement Saint-Sauveur et faire une belle sortie, ils se mirent en rang par deux et au pas décidé derrière "la Lectrice". Ils sifflèrent une marche, dirigés par un Francis-Arnold inspiré par le rythme à deux temps, une, deux, une deux, dans laquelle se glissa l'ornement, la syncope et les soupirs, tous soudain épris de la rupture de ton, au service de la dominante, de la tierce et de la quinte, car ils savaient "marcher à la sophistique", pas comme des brutes, capables de faire par de beaux ronds de jambes un savant mélange de marche militaire, de menuet, de fandango, de jota et de ségueville, dans le plus pur style de Francis-Arnold à la baguette.
**Ils avaient compris (éblouis, il faut le dire, par la lecture de Léone) qu'ils avaient toutes leurs chances, grâce à la littérature, de montrer leur véritable nature: celle de l'estomac entouré de son foie, de ses rates et vésicules sublimés au goût du jour. C'était ça, vivre, tiens le toi pour dit, Doujésu, on ne le répétera pas.
**Et ils sifflèrent, sifflèrent à tuer les mauvaises têtes, jusqu'à ce que le clocher de Saint-Sauveur eût disparu, disparition qui déclencha des "Youpi ! A bas la littérature de clocher ! A bas la gnasserie ! A nous l'inconnu !" Et les casquettes volèrent, toutes différentes.
**Leur joie d'aventuriers fut assez courte, détrônée par le baba et l'étonnement émerveillé mâtiné de plaisir esthétique et d'admiration élevée devant une prouesse si élancée, joyau de l'architecture normande.
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**Allez, salut ! A plus tard ! - ??!

vendredi 25 juillet 2008

Le roman

**Je me remets lentement de ma lecture de mercredi. Je ne suis pourtant pas au bout de mes peines. Je me suis plaint auprès de VGV de l'ampleur de son oeuvre. "Je n'arriverai jamais au bout !", gémis-je. Il m'a répondu, laconiquement, pour ne pas me consoler: "En effet". Puis il a ajouté que je n'avais qu'à prendre n'importe où, qu'il y avait le choix et "de quoi", que la lecture n'était pas une purge, que c'était au contraire l'activité la plus digne de l'homme, qui n'échappait qu'ainsi à la sale idée d'être sur terre pour des prunes, que ça en bouchait un coin comme l'écriture, et que c'était le seul moyen de continuer à faire son crâneur despote, et de mauvaise foi si nécessaire. il a ajouté que, si je n'étais pas content avec ça, si je me sentais perdu, je n'avais qu'à fouiller pour retrouver les exergues du bouquin, "bonne chance !", et que la vie elle-même, d'ailleurs, le roman, enfin, sur ce...
** Il est réapparu dans l'après-midi. Il a passé le nez et a dit: "Fais pas la gueule ! Veux-tu que je t'attire par l'odeur d'encre alléché ? Cela va te mettre au parfum de la fabrication de ma romania". Et il me remet ce gribouillage:
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**Les grandes figures, après avoir entendu la lecture du dernier chapitre, vécue sur le terrain par une Léone qui, c'était certain, avait une enjambée plus sûre, plus déliée, plus cultivée-distinguée, étaient ragaillardies. Elles se dirent convaincues que le prétexte, sous ses petits airs, ma foi, était toujours bon à prendre, portait en lui des conséquences inestimables, imprévisibles, qui, tirées au moindre motif par n'importe quelle ficelle, menaient à un grand texte, pas à du bibelot, mais au Livre que le Messie pourrait lire à haute voix tête haute, pour mener les troupes de l'humanité là où elles devaient aller: à la découverte de leur pot aux roses, qui était certainement plus modeste qu'un graal, mais devait pouvoir tout contenir de ce que l'homme peut y mettre quand il ne met pas dans sa tête de noeud des idées noires ou floues, en inventant des étages supérieurs trancendants ou des doubles fonds, genre inconscient et cachotteries..
**Ainsi, la marche vers Coutances pouvait tourner à mieux qu'une rando, où chacun pourrait se réaliser avec ses grands et petits moyens de bord. Empereur, Don Juan, Aristo ou Escargot, il n'y avait plus de Lézard, et on pourrait sauver le soldat Rhino, chouette !
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** A nouveau, il me souhaita bonne chance pour la suite.

mercredi 23 juillet 2008

**Victorien-Georges Volcante est rarement de bonne humeur, plutôt dans la "renfrogne". Je l'ai trouvé ce matin guilleret, content de sa plume qui, me dit-il, lui avait "couru au train comme une petite chienne familière". Puis il m'a raconté, excité, comment elle l'avait léchouillé et reniflé, "comme si elle avait flairé une odeur d'enfance oubliée". Il a tenu ensuite, évènement, à me faire lire, à haute voix et vite, l'épisode de Lendeline: Le Bois, La Partie de Cache-cache, L'Assassinat. Comme, après avoir avalé ça d'un trait, j'en réclamai "Une autre ! Une autre !", il dit: "On verra", la boucla, puis décampa, rieur, comme s'il m'avait joué une bonne farce. Mais il est revenu sur ses pas, et m'a lancé, goguenard, avant de disparaître: "Tiens, voilà la dernière, la 1492, sacrée découverte !"

**Voici la page 1492:


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**Les cliches de Nigmar séchaient sur le fil et, oui, il fallait s'aligner. La seule chose que les héros pouvaient tenter pour ne pas perdre leur face de lune, c'était de se mêler à l'histoire locale, et d'en prendre pour leur grade vraiment. Pas facile ! La ravitaille de Léone était pleine à ras-bord de ses viandes et légendes qu'elle se dégustait en vous prenant ça par le pied de la lettre, comme aut'fois, quand on dévorait la vie avec les dents, sans faire de manières stylistiques. C'était ça ou la famine ! Quelques-uns s'en étaient bien tirés ces dernières heures: Nigmar avait un boulot de grand reporter, Jec s'en branlait moins, il se sentait concerné et, dorénavant, "se masturbait". Branqui aime la pagaille et les choses dans le désordre, et ça convenait à ses goûts, ce "souingue", et puis, en cachette de Carabosse, il zyeutait la déhanche de Léone, sans voir d'ailleurs que Léonard le croquait en flag, passionné, lui aussi, comme Léone, par les modèles vivants. Qu'est-ce qu'il allait se mettre, le Rhino !

** "Justement, tiens, je passerais bien une petite revue, depuis le temps que je vis. Il serait bon de voir l'achalandage, la marchandise, et tout ce qu'on a glané, histoire de faire retour, vérifier si la lecture est vivifiante, après tout ce qui s'est passé". Et, avec son gros panier sous le bras qu'elle ne cessait de remuer comme une satisfaite de ses achats, Léone s'approcha du Scribe qui, aussi sec, aussitôt, frétillant, fit:"AAAAAAAAAAAAhh", et tira une langue longue comme ça pour montrer qu'elle était chargée et rose, qu'il avait fait ce qu'il avait pu, qu'il n'avait rien sur le bout, qu'il était tout à elle à son service, ma reine, ma reine.

**Pour le calmer, pour lui montrer que "mais oui, cette langue me convient", elle lui dit: "Viens ici par là", et sans même chercher un détour, elle s'allongea sur le bord, ouvrit largement les cuisses, et dit au Scribe qui n'était plus qu'une langue: "Vas-y, mets-la moi".

**Le Scribe ne se fit pas prier d'un quart d'Ave, et la lui mit jusqu'au fond du trou pour prouver qu'il avait vraiment fait là du bon boulot, et vraiment utilisé tout le registre, et que "'i Ma'ame 'oulait 'e 'onner la 'eine de 'elire, elle 'ouvait 'ecommencer à 'artir de l'en'rée 'ans 'aint 'auveur". Il n'était pas en péril, dit-il en reprenant son souffle avant de retourner en sa demeure, "là où la langue se va comme un gant".

**"Ah, Ah, Ah oui, vraiment, c'est bien, c'est bon, une très belle langue qui touche au but, félicit..., félicit..., vas-y, Ah, Oh, continue, quel style !, quel Oh, quel Ah !!, appuie un peu à gauche, Oh, Ah,, à droite, formi... ça me donne un courage ding, dong, pour la suite ! Ah, saperlipopette, c'est vraiment comme si on y était, j' revois tout, j' ressents tout, c'est à devenir folle", et attrapant les deux oreilles du Scribe, elle tira à fond pour que la tête rentrât aussi, et que je me retrouvasse nez à nez avec le meilleur suppôt de la littérature véritable en chair et en os.

** "Vous pourriez peut-être relire à voix basse !", dit Léonard, qui était en train de signer ses derniers tableaux réussis, en bas à droite, "vous n'êtes pas seuls ici, comment voulez-vous qu'on se concentre !? - De toute façon, nous avons fini, le chapitre est clos. Passionnant ! Haletant ! Vraiment !, je n'ai pas de mots..." Et Léone se rajusta, se tapota, se fit froutt-froutt sur les cuisses et les fesses pour enlever les brins, et fit quelques pas huilés comme les rouages d'une horlogerie qui roule comme une belle prose, tellement le Scribe y avait mis peu de gomme, que de la salive qu'il n'avait pas perdue, pas une goutte. Puis reprenant son panier qui lui parut léger léger, elle dit: "Cap sur Hauteville !", nettoyée de fond en comble pour un nouveau départ, sûre d'elle et de "cette langue encore plus agréable que la maternelle", cependant que le Scribe, qui se passait la sienne sur les lèvres comme un goinfre rajeuni, mais en se tenant les oreilles, retourna à son pupitre comme à un gouvernail.


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**Quand j'ai levé les yeux, à bout de souffle, il n'y avait plus personne, seulement un mot sur la table: "J'ai aussi un roman de police piqué de hannetons sous le coude, pour rigoler". VGV. Je m'en promets de bonnes, et, d'abord, de lui demander le titre de cette "machine à crimes et à crapuleries", mais chaque chose en son temps.

mardi 22 juillet 2008

VGV

Je suis peintre. j'eus un jour, sous ma porte, un billet grifonné d'une plume sûre, trois mots de critique sur une oeuvre que "je n'avais pas ratée", signé VGV. J'appris bientôt qu'il s'agissait de Victorien-Georges Volcante. Par la suite, je tentai de forcer VGV à me donner son avis de poète sans foi ni loi que l'art intéresse et dégoûte à la fois. Je savais que je ne devais pas attendre de lui compliments ou cris d'admiration. Il sait propulser d'un mot ou écraser d'un autre, sans garantie ni méchanceté.
Jamais, il y a quelques temps encore, je n'eusse imaginé qu'il m'accorderait la permission de jeter un oeil sur ses manuscrits. J'ose espérer qu'il me permettra parfois de rendre publiques ses pages du jour, fraîches et à peine sèches.
Il ignorait jusqu'à présent "les folies techniques de communication", se contentant de gratouiller le papier de ses cahiers qui forment une tour dans un coin de ses logis. Sous mon insistance, mes "Quel dommage !" et mes "Une oeuvre pareille !", il a consenti à ce que je sois le copiste fidèle de ses morceaux de bravoure. Il s'est laissé allé, par manque de vigilance ou indifférence, "à mettre un doigt dans l'engrenage", et se trouve "emmené" malgré lui, "pris dans les filets du net", amusé.
Le narcissisme n'est pas son fort, et son désir de reconnaissance nul, car il dit: "Si les six milliards d'hommes sur la planète se mettent à avoir une soif individuelle de reconnaissance, ce n'est même pa la peine de sortir de l'auberge !"
VGV est un de ces rentiers riches qui prennent plaisir à l'être. Ne pas travailler ne lui fait pas peur et, puisqu'il est là au moins jusqu'à ce que mort s'en suive, il parcourt le monde, habite ici ou là, sans souci d'adresse, ce qui rend ma tâche aléatoire, car il disparaît sans prévenir, revient de même, se terre sans lever un doigt, pendant des mois, sans signaler sa présence ni son humeur.
Quand, après l'avoir amadoué et lui avoir montré toutes sortes de pattes blanches, il accepta de me faire lire de ses pages, je me mis à pousser, au fil de ma lecture, des "Doux Jésus !" à n'en plus finir. Alors, me regardant d'un oeil pétillant, il me dit: "C'est le titre de ce fatras: Doux Jésus !" J'insistai alors, alléché, pour lire et recopier la première de ces milliers de pages, pour que montât dans les règles, si je puis dire, l'eau à ma bouche, et je ne fus pas déçu:
1
"Doux Jésus !", poussa d'un coup à l'unisson la troupe, Guicheux et Guicheuses venus prier sur la tombe de la fille du Prince Tancredi, quand elle vit sortir de terre le fils né d'outre, nourri au sein de sa mère bien, dehors mis par les vers alambiqués, dévoués corps et âme, sucés ruminés à contre coeur arraché de son père, un jour, par un grand-père sanguinaire, vlouf !
Doujésu naquit par déhiscence, mais dans un ho hisse sensé et bien senti. Quand sa mère fut de la taille d'une grosse prune humaine d'un violet profond à la peau luisante et tendue, admirable, où le monde alentours et souterrain se mirait, elle s'ouvrit et laissa aller le foetus à terme, mouillé de son mucus, enduit de son jus, brillant de ses sucs, fier d'être le noyau dur et neuf d'un nouveau monde qu'il allait tâter, où il ferait naturellement son trou pour grandir.
*
De ce jour, il m'accorda sa confiance épicée de caprices et de sauts de cabri à reculons qui me remplissent de désespoir pendant des jours, car il sait bouder sans raison, et me priver comme d'un dessert du moindre papier. Mais il ressurgit avec un "Alors ?!" ou une liasse noircie accompagnée d'un "Tiens !..."