samedi 6 septembre 2008

Tournant décisif et bousillage de Romangnan

"J' te saute les détails et les épisodes divers depuis le trois septembre. Il s'en est passé, je ne dis pas le contraire. Aujourd'hui est un grand jour, mon p'tit pote ! Que le roman prend une tournure, j' te dis qu' ça ! Un véritable tournant. je te prie de ne plus m'emmerder jusqu'à nouvel ordre. J'ai à faire.
- A ton retour, tu me donneras le chapitre 138.
- On verra"
***
......., qu'elles passèrent le flambeau à d'autres pour qu'on y vît plus clair.
Cela n'éclaira qu'une fête intime et flamboyante jusqu'au point zéro du récit de chacun chacune au coeur de la nuit, comme si on était arrivé au but poursuivi, ou qu'on s'eût tout dit ou assez, suffisamment comme ça, comme si Rhino, qui avait maintenant ses habitudes de naufragé célibataire sur son île, n'eût plus eu du tout envie d'être emmené en bateau. D'ailleurs, La Marquise en avait pris un coup dans la coque, et le dommage causé par son empressement à accoster l'avait transformée plus en bâtiment de terre ferme qu'en navire de haute mer.
On se roula dans le contentement d'être arrivé chez soi et la jouissance de ne pas devoir mettre des mots dessus, que quelques petits couinements de plaisir qui en disaient long sur la manière insurpassable d'être au bercail, exactement comme les coquillages de la plage ou les grains de sable qui faisaient sa splendeur.
Comme c'était l'été, la plage normande fut, cette nuit-là, au top de la tiédeur et de la douceur, bercée par la berceuse des vagues qui éclataient, comme autant de baisers sur une joue, sur la franginette de sable sec qui s'avançait vers l'eau pour se faire mouiller aussi. Et, par dessus ce marché achalandé de ses prodigues, il y avait le ciel étoilé bien comme il faut, qu'on se sentit comme entouré et cajolé par des proches, des loupiotes familières.
Ca ne pouvait tourner qu'à la tendresse des beefsteaks et des rables tout le reste de la nuit, et il faut avoir vu un tas de vermisseaux sur un gâteau comestible pour avoir l'idée nette de ce qui se trama, se tressa, et s'emboîta au petit poil jusqu'au matin, entre tous les comparses, compères et comparsitas, qui se refirent, jusqu'aux premières lueurs, un texte texté je vous dis qu' ça jusqu'à l'os, que déusse se demanda, quand il eut un petit répit de touche-touche, si le dieu Eros n'avait pas repris du galon en douce, en huilant tous les rouages et articulations, pour que l'osé et le débridé passassent à l'as des as, tant la fureur d'amour fut silencieuse comme une poudrière sans mèche ou un roman sans mots. Seuls, à l'écart ou pas à leur place, Romangnan et ses gnangnans étaient là comme des cons.
"Et ben ?.... et ben quoi ?..." Romangnan laissait pendre ses couilles et sa mâchoire qui ne lui servaient à rien depuis longtemps, et répétait: "Et ben quoi ?..." qui sonnait mat comme un coup de gong dans de l'étoupe, au milieu des gentils ronrons et des soupirs de l'heureuse troupe exposée à l'air du temps de cette nuit-là, plus belle que jamais, et tellement bien tassée sur elle-même, que ce qui en montait comme vapeur, c'était que, vraiment, il n'y avait rien à regretter.
Romangnan et ses gnasses avaient leur sale tronche de kék. Ils se prenaient le spectacle d'une forte nature en pleine poire, avec la gratuité en sus, et le sens inclus dans le mode d'emploi implicite, et ils n'offraient au monde comme il tourne que ces visages idiots, rongés par une seule expression sans doute assez proche, s'il fallait leur prêter un semblant de correspondance humaine, du: "qué' qu' c'est qu' ça ? J'y comprends rien à quoi' qu' ça sert"
Avec la meilleure volonté de ce monde-là, le Scribe s'en mêla vit fait, et biffa d'un trait de plume cinglant, avant de retourner bien vite au côté de son petit personnel homophile en la personne du Paillot qui tenait à montrer à son maître tous les ressorts de la génération montante, en lui pompant respectueusement son expérience.
Avant de la faire disparaître avec impatience sous un pâté bien farci de râtures, mécontent de devoir prendre la plume en pleine nuit, alors qu'il était bien en train à sa cuisine, le Scribe en civil dans ses atours hyperprivés lança à la gnasserie indécrottable: "Contentez-vous de lire le journal de l'Ouest, y a tout et suffisamment pour vous, l'alpha et l'oméga de l'anecdote inutile et du fait divers, chiens et chats écrasés compris avec le potin". Les tronches s'allongèrent encore à s'en mordre la queue et à s'en renifler le trou, et la nuit merveilleuse alla jusqu'au bout d'elle-même sans encombres, comme un air pur qui passe dans ses bronches pour donner leur légèreté aux poumons.
La lumière de rayons horizontaux jaune clair perça au travers d'une grande paupière qui s'entrouvrit doucement sur un matin à réécrire la Genèse, si l'un d'entre nous avait encore eu une once de vélléité occidentale. Mais, oh que non, et moi-même, pour vraiment faire la bonne figure que l'on attendait de moi comme futur Messie, je tournai ma frimousse vers l'orient, lieu de tous les levers et angle imprenable sur les commencements, profitant de la position de Léone, maman, qui tenait à se faire bronzer la vulve dès les premiers rayons.

mercredi 3 septembre 2008

Léonard à son chevalet

Ce que Victorien-Georges Volcante a derrière la tête ? Ceci:


Les lignes de fuite, comme dit*, étaient déjà là, et, pour la spirale et l'ellipse, y avait qu'à, et de quoi construire un système rigoureux et poétique, on n'avait pas la peine d'aller chercher plus loin les preuves de l'existence d'un art d'exister ici-bas, de la plus belle et grande manière, où le classicisme et les lumières se proposaient harmonieusement à l'oeil pour éveiller ce sentiment juste et clair, quoique fort et puissant, qu'on ne pouvait que réussir ici une bonne fessée. Tout y était: des bancs dans l'ombrage du cèdre du Liban, d'autres dans la pénombre des palétuviers, ou d'autres près des tournesols, tout était là pour correspondre à l'humeur et à la façon dont on voulait fesser une donzelle en jupons et dentelles, "pour faire du frago du plus bel effet, ou prendre, avec un peu plus de rose et de sienne brûlée, des manières de boucher", dit Léonard lancé.
"Cest Versailles ! pour le vice versé dans le grand style ou j' me trompe !", s'exclama Gerhardt qui, ébloui, ne savait où donner de sa tête d'empereur du soleil qui se pavanne dans ses jardins, suivi et entouré de ses confidents, conseillers et amis chers, la cour !, sans oublier le bouffon, Branquignol dans ses cabrioles, à la fête, au faîte de l'artifice et de la farce.
"Comme Rhino va être content ! C'est la vraie vie ici ! tout y est compté, dessiné, tracé, calculé,nommé, nomenclaturé, qu'il ne pourra pas se tromper, et quel exemple pour Doujésu ! Il faut qu'il commence par ça, par cette preuve édifiante de l'inexistence du Grand Niais malhonnête !" C'est déusse qui parlait, changeant et interchangeant son d minuscule pendant sa palabre, comme un champion de jeu d'échec, et le replaçant, après l'exécution de deux ou trois volutes, "sur la bonne case de l'échiquier", en grand philosophe maître du même toujours autre, génial !
Des fleurs avec leurs pétales éclatants ou juste un peu sur leurs tiges droites, longues, courtes ou à mi hauteur, il y en avait partout, bien rangées où il fallait, à leur bonne place les unes à côté des autres, chacune avec son rôle de composition d'un grand poème floral, sans être une présence anonyme, oh que non, toutes fières de participer, avec sa voisine, au dessein voulu par le grand jardinier en chef à qui il fallait dire deux mots, l'un pour le féliciter, l'autre pour demander: "croyez-vous qu'un rhinocéros ?..."
* Voir: "Le Jardin", samedi 30 aout.

samedi 30 août 2008

Le jardin

Enfin !

Après une veillée autour de cette belle pièce*, sur laquelle Léone et Léonard célébrèrent une nuit d'amour agitée, sous les fastes et les ors des pompes de l'église et quelques bravos quand vraiment la geste était gymnastique, on fit grasse matinée pour ne vider le lieu que vers midi et aller prendre le soleil et le petit déjeuner dans le jardin de la rue Quenelle, à deux pas d'ici, en file coutançaise beaucoup plus désordonnée que l'indienne, mais plus simple, à la franquette riche de conversations animées sur le cours des derniers évènements, l'art religieux et l'avenir de la modernité.
Le jardin est public et donne aux habitants de la petite ville, quand ils peuvent lever le nez de leurs labeurs pour se le mettre au vent lors d'une petite promenade sans but, l'exemple parfait de l'art des jardins de la France, qui pourrait facilement détourner un rhinocéros de la sauvagerie anglaise, et le canaliser vers la pensée de Descartes à jouer le tout pour le tout pour devenir un être pensant à ce qu'il fait, avec ce recul nésessaire pour bien viser un beau derrière à l'air, que ça ne ressemble pas à une volée de bois vert, ou à une pluie de baffes vulgaires comme s'il en pleuvait, mais au dernier cri de l'érotisme, celui-ci calculé et modulé pour qu'il excite et déconcerte, comme un grand air poussé vers le septième ciel.
Le jardin était tout indiqué pour être un coin à penser de la sorte, franchement à la française, avec des lignes droites et des courbes qui l'étaient vraiment, rectilignes ou sinueuses, qui déclenchaient en un rien de temps compté sur l'espace au millimètre près, le goût de l'infini et le sens du mystère. En cet endroit sophistiqué et dessiné au petit poil, un vrai régal, Léonard dressa son chevalet dans la grande allée.
Ce que VGV a derrière la tête ?


* voir "Léone subjuguée par l'art des cathédrales" 22 aout

vendredi 22 août 2008

Léone subjuguée par l'art des cathédrales

Un vrai romaniaque le VGV ! Pas moyen de l'arrêter: " ça fait une semaine que". Attention au retour d'humeur !

"Le paradis, ça doit être comme ça, cosy". Léone était allongée dans l'une des chapelles sud, et reprenait tous ses esprits que Léonard avait fait valser sans exception, sans faire de différence entre les bons et les mauvais, car ils avaient pris tous chacun leur tour un petit quart d'heure que sa chérie venait de passer en admirant la croisée d'ogives au-dessus d'elle, comme plafond et ciel de lit d'amour que Léonard venait de lui faire sur mesure, et pas couci-couça, dans les grandes largeurs. Ils recommencèrent d'ailleurs dans d'autres chapelles, car, après cette grand-messe, ils n'avaient pas voulu manqué vêpres ni complies.
Ah ! comme les artistes en avaient eu dans leur sac ! Mais était-il bien raisonnable de célébrer l'humain si lestement, dans un endroit si saint et sacré, sous le prétexte bienvenu que le but ultime du pélerinage était l'humanisation de Rhino ? Mais oui, allez ! Tu me diras que je n'ai pas besoin de ça pour être excitée et faire trempette, mais là, avoue ... c'est pire !
Toutes ces païenneries qu' tu m' fais ! et l'art, brut comme ça, c'est encore meilleur que le paganisme. Comme je t'aime, mon Léonard ! Je ne regrette pas de t'avoir connu. Ce qu'on demandait à Corbu*, tout à l'heure, c'était de s'arrêter au sommet des piliers sans essayer de monter plus haut où il n'y a que du vent. Il fallait dire stop ! et il l'a bien compris. Il voulait sacrifier à la tradition de l'explication du symbolique qui mord le noeud. Alors qu'avoir des appartements hauts de plafond de la sorte, c'est de l'ample et du suffisant, et ça me fait un effet ! Tiens ! ça se fête ! J'aimerais bien, oh dis, rejoue-moi z'en, du refais-le-me-le, mais cette fois-ci dans l'abside, que j'aie la grande rosace en face, avec ce prolongement du choeur et de la nef, sublime !
- Tu vois, tu y viens à l'exclamation religieuse quasi !
- Mais non, mais non, fraisa Sigmund, la sublimation est humaine, rien qu'humaine !
- Te r'voilà , toi ! Nous t'avons à l'oeil ! Avec ton inconscient et ton sublime, il y a récidive... t'en va pas nous ramener le ciel et l'enfer, au moins ! Dis-donc, Léon, c'est coquet mais c'est frisquet, le parterre. Heureusement que tu es tiède comme un fourneau, et que tu m'attises la braise... Que c'est joli, que c'est beau !"
La visite allait bon train pour mes parents. Ils s'envoyaient en l'air à même le sol, qu'ils en décollaient, et maman ne chantait pas que des cantiques. Elle jouissait à fond du privilège d'être toute nue et toute rose dans la cathédrale, et ne cessait de couiner, les yeux à la révulse: "Quelle riche idée ! Mais quelle riche idée !", mettant ainsi, et de la plus curieuse façon, un terme au platonisme et à ses déviances arnaqueuses, genre prendre une enfilade pour une idée d'enfilade. L'enfilade, elle était là et bien là, oh chéri !..., qu'elle répétait avec l'acharnement d'une chatte passionnée d'architecture, et elle louchait sur le maître-autel, un chef d'oeuvre !
*cf. Corbu mardi 5 aout

samedi 16 août 2008

Le tympan et l'intérieur de la cathédrale

Ouf ! Suite de la romanie:

On fit une entrée solennelle par le grand portail au tympan duquel s'agitaient les saints et les démons du jugement dernier, diables et bonnes gens du cru, reconnaissables à leurs trognes familières, avec leurs qualités et leurs défauts régionaux, la prière facile ou le coup de cidre enlevé, culs serrés et nez rouges qui méritaient bien le ciel ou l'enfer, scènes édifiantes pour mes amis qui penchaient pour l'un ou pour l'autre, pourvu que la réprésentation fût magnifique, que le péché ou l'odeur de sainteté fussent taillés dans la pierre à la bonne cote, avec génie et talent, sans demi mesure, avec toutes les variétés du vice et du sentiment élevé, qu'on s'y r'trouve dans l'embarras du choix de ce théâtre humain trop humain et coutançais de surcroît, fallait voir comme !
Maman est aux anges et lève le nez pour renifler ce bon parfum de chez soi, à ses anges à elle, que Tonton "s' demande", essoufflé comme un petit coureur de cent mètres devant ça, après s'être donné tant de mal*. Vraiment, y a pas de justice ! Ce n'est qu'un jugement dernier ! Oui, mais celui-là, mon bonhomme, il sent la pomme et le varech !
Léone passe l'entrée comme une mariée sous la pompe des grandes orgues, et s'emmitoufle du silence tiède et habité, nue comme un ver de terre ferme et entourée de tous les falbalas de sa terre natale. Mille carrés et losanges tombent des vitraux et posent leurs reflets de couleur sur sa peau comme autant de confettis lancés pour la fête. Elle s'en défend, rieuse aux éclats en battant des mains et, sur ses fesses, est projetée une nativité en jaune rouge et bleu, avec de petits orangés tirant sur le rose qui attirent Léonard**. Il ne résiste pas à toucher pour voir si ça couine... Chéri, pas zici !... Si mais si, juste le doigt... Bon...vas-y... Et là, Léone hésite entre "qu'est-ce que c'est bon", et "qu'est-ce que c'est beau", éblouie par tant de beauté saisissante, saisie par tant de plaisir éblouissant. Ah, hmmm, c'est ça qu'il faut ! C'est ça qu'il faut pour que le monde aille bien !
Une vraie romanie ! Mais que va-t-il se passer ? Jusqu'ou va-t-il aller, VGV ?
* Tonton vient d'exécuter de très beaux loopings réussis autour des flèches de la cathédrale.
** Léonard est un peintre de génie sensible à la couleur, surtout au rose.

samedi 9 août 2008

La sensation pure

Suite de la romanie:


Mais qui donc allait oser l'ouvrir pour lui dire ça, à Corbu, un ami si cher et si connu, qui, c'est sûr, allait être déçu, fâchu, vexu, tellement il était passionné et féru ? Le seul moyen était de s'y frotter pour le faire redescendre sur le plancher de la sensation pure, celle qui coupe la chique, le sifflet et la parole excessive dont Corbu allait finir par se régaler à s'en rendre malade si on ne l'arrêtait pas.
C'est Léone qui prit sa chose en main, avec la ruse et l'habileté qui la caractérisent, la fine mouche. Sous prétexte de mieux voir, elle approcha son beau derrière nu du discoureur et, distraite, "oh pardon, j' t'avais pas vu !", te lui fit un frotti-frotta contre sa braguette, qu'il en banda direct, elle n'eut plus qu'à le finir à la main, adagio en deux temps trois mouvements, allegro prestissimo, sous les conseils amicaux de Jec et de Francis qui, quand ils font la paire, sont incomparables. Sa queue, il l'avait bien entre les jambes, l'Archi, il le comprit et cessa ses mauvaises manières ennuyeuses, exténué, fourbu, vidé, rompu. Sacré Corbu !
On n'en fit pas un fromage, et cela finit par des chansons. L'architecte en était déjà à la salle de garde, et levait son verre à la gloire de l'architecture et du coup de main de Léone. Tous étaient joyeux et soulagés. Colomb et Colombe avaient rejoint Tonton là-haut et rivalisaient de loopings réussis. L'Aristo avait lâché prise, et ne parlait plus que de la main de sa soeur en attendant mieux sans se fâcher.

jeudi 7 août 2008

La contemplation esthétique

Comme je suis le Grand Secrétaire de VGV, je travaille d'arrache-pied à m'en arracher les poignets en faisant trotter mes doigts sur le clavier. Ce matin:
"Ah ! Ah ! J'ai vu ton travail de secrétariat sur la toile ! C'est bien ! continue !" VGV bat des mains comme un gamin. Profitons ! Il peut couper les vivres d'une minute à l'autre. Je lui réclame le chapitre 138.
"Tu n'en as donc jamais assez, salopard ! Contente-toi des dernières pages jusqu'à nouvel ordre. Les précédentes nécessitent des recherches, et je pars en voyage, alors bon. Que je ne t'entende plus. Tu saisis ?
- Je saisis, je n'arrête pas.
- C'est ça, ne t'arrête plus".

MA PAROLE ! C'EST UNE ROMANIE !


*
suite:
La violence n'était cependant pas au programme des hostilités qui grimpaient peu à peu aux basques du discours de Corbu pris dans son envolée, une vraie tirade, tout ça pour cerner la cathédrale qui se posait là et bien là, imposante et pleine de grâce, et il n'était pas question de profaner le sentiment du sacré, qui s'élevait et prenait son essort dans le for intérieur des spectateurs, par une volée de baffes qui eussent arrêté la lancée de l'architecte, mais de go mis un os dans l'harmonie universelle des hommes et leurs bonnes oeuvres gothiques, dont on me servait un parangon, le nec de la région plus l'ultra de la visite guidée qui tournait au pensum.
Que penserait Rhino, s'il reliait l'art à la bagarre, par association d'idées, forcément, comme deux et deux font quatre ? Cela ne mènerait qu'au bousillage de la fessée qui est bien autre chose qu'une rouste, mais plutôt le sommet de la sophistique dont on fait l'éloge, l'alliage savant de la chair malmenée pour la bonne cause, à la limite du sacrifice, et du plaisir, de la jouissance et de la souffrance, le fameux mêli-mêlo érotico-magique qui devait absolument élever le niveau de Rhino au moins à la hauteur des tours de la cathédrale en granit de Chausey, pierre par pierre, et qui donnaient cette impression fantastique de toucher les nuages et, derrière, le paradis.
Alors, nom d'une pipe, pourquoi mettre là-dessus des mots-étouffoirs de peigne-cul, autant mettre des moufles pour taper sur le cul nu d'une belle femme qui ne jouit de ça que par la douleur sourde, mais aussi par le bruit inimitable de la main qui assène ses claques, la main du fesseur associée à la réaction des fesses qui frétillent, se crispent, en r'demandent en rougissant, dans les rires et les larmes, tellement ça fait mal, et tellement c'est bon. La contemplation esthétique, mon vieux, c'est pareil: c'est beau, mais c'est pas rigolo. Alors, de grâce, ferme-la !

mardi 5 août 2008

Corbu

Ma parole, ça devient une romanie !


"J'aimerais quand même bien entendre le discours de Corbu.
- Tu tires sur la corde !
- Non, sur le fil !
- T'es un drôle ! Méfie-toi !
- C'est tellement bien parti ! Ce que j'aimerais tout de suite aussi, c'est tout le chapitre 138.
- Et puis quoi encore ?! Tu te prends pourqui ?
- Pour ton secrétaire préféré.
- Et la peinturlure ?
- ...."

*
Le discours de Corbu plut. il voulut déployer son papier de science exacte qu'il lut sur le parvis, dans le petit vent qui but ses paroles et les avala en partie, mais il se posta là comme le garde champêtre des monuments historiques, et y mit de la passion et du brio, que moi-même j'y trouvai le plaisir et l'intuition du sermon juste et gratuit.
Si j'ai bonne mémoire de foetus, le discours de Corbu lu ci-dessus avait ceci comme début: "ça vous la coupe, hein ?!" De fait, tous les regards étaient levés vers les nuages qui faisaient la ronde autour des flèches sur fond de ciel bleu azur. Les chiques étaient effectivement coupées, et rien ne passait plus au travers du silence, que de petits compliments d'encouragement à l'égard de Tonton* - il finirait bien par atterrir, après tout, ce n'était qu'un ange qu'ils connaissaient - et un petit clic discret de Nigmar par ci, un autre par là, pointé vers les hauteurs. Le grand reporter mitraillait doucement l'image du sublime, inexprimable autrement que "par l'éclair de l'objectif indicible"
Léone levait son beau visage aux beaux yeux où brillaient les larmes comme des perles fines d'émotion, et elle souriait d'aise, car son petit matériel à jouir était tout mouillé devant tant de beauté. Elle se demandait seulement comment elle allait transmettre ça à Rhino qui avait plutôt tendance à mettre le nez dans son assiette, et à faire le tri parmi les fines herbes, que de lever les yeux vers le ciel qui, comme on voit, pouvait être atteint par l'oeuvre des hommes. Le sentiment de la grandeur-hauteur-largeur ne devait pas être négligé par un rhinocéros qui désirait augmenter son potentiel d'humanité, et que, malgré tout, être esthétiquement ému en fessant, y a pas au-dessus.
Elle pouvait toujours joindre le discours transcrit de Corbu à ses oeufs dans le même panier. Une fois que Rhino saurait lire, il se débrouillerait avec ça... Mais bon, qu'allait-il faire de ce truc de spécialiste ?: "A l'époque, nous sommes dans le Haut Moyen-Âge, ne l'oublions pas, c'est un peu avant l'an mille, l'Empereur Gerhardt Premier n'est même pas né, les constructeurs...mais si vous jetez un oeil sur les fondations...la voûte, le cintre, la clef, l'ogive, l'arc-boutant, la colonnette, la lancette, l'abside, le choeur, la nef, le transept, tout cela... Et quelle est la forme de cette église si vous l'imaginez sur le plan de l'architecte ? Ah ? Qui devine ?... Madame ? ... Monsieur ?"
Je vis - pourtant il parle bien, Corbu - que le discours-guide n'était pas entraînant et commençait à agacer. Maman séchait, papa avait le crayon-passion en l'air, je sentais que le groupe autour de l'architecte s'ennuyait et qu'un "ferme ta gueule !" allait fuser par mesure de rétorsion, car Corbu était en train purement et simplement de saloper le sens de la beauté de mes amis, et cette émotion qui les avait retournés, transfigurés. La vengeance couvait dans son plat, et si on n'arrêtait pas la logorrhée spécialisée de Corbu, ça allait chauffer.
*
"Arrête ! J'arrive pas à suivre !
A demain alors"
*
*Voir lundi 4 juillet ce que fait Tonton.

dimanche 3 août 2008

La suite

"Eh ben quoi ?

- Tu m'en as trop dit ou pas assez.

- Pas de gourmandise !

- C'est tellement digeste, cette lecture !

- Elles sont même pas sèches, ces pages-là ! Que tu es un veinard, un vrai ! On dirait que mon stylographe travaille pour toi, scribaillon, il galope comme s'il avait la courante !

- Je ne suis que ton secrétaire.

- C'est ça. Bon. La voilà, ta suite !"



*

**Tonton tint à faire son intéressant remarqué, en pratiquant devant tout le monde son art de la haute voltige avec le naturel de l'époustoufle comme s'il était chez lui, ou se retrouvait en pays de connaissance qu'il avait quitté pendant quelque temps, sans avoir rien oublié, comme s'il était parti hier, "c'est comme le piano ou le vélo, ça ne s'oublie pas". Et que je te fasse des ronds et des huit entre les deux tours de la cathédrale, et des atterrissages en vol plané répétés. Ah, si U. voyait ça, trallala, elle me sucerait, oyé oyé !"
**Il n'avait pas assez de gargouilles pour se percher, pas assez de têtes de saints pour se poser, et il alla jusqu'à faire dinn ding dong contres les cloches des hautes tours pour qu'on le vît de loin, qu'on l'entendît de la côte en regardant bien, peut-être même de Hauteville, et que tous ces signes avant-coureurs résonnassent dans l'oreille du rhinocéros comme autant de "J'arrive !" salvateurs.
**Son spectacle d'ange éclatant dans le soleil remporta un franc succès reconnu par tous, ou à demi inavoué par Branquignol qui critiqua en douce avec des "Bon, d'accord, mais il a des ailes !", limite vexé que l'attention se portât vers le ciel et plus au ras des pâquerettes, où il avait l'habitude de présenter sa farce d'un goût douteux, à base de prouts et de calembours.
**Tous y allèrent de leur bon mot, le meilleur et le plus sincère, Tonton fait tout de même partie de la famille. Ainsi l'Aristo: "Il est bon, mais c'est un ange. Et pour nous, n'est-ce pas soeurette ?, l'angélisme ne fait pas avancer ma chose d'un pouce, même si... l'interdit...la transgression...p'tite pute... - Fréro Fréro, reprenez-vous ! - Je disais, oui, qu'un tel spectacle angélique peut servir, oui, l'homme, voyez-vous, a besoin de ceci pour avoir cela...et, oui, l'univers des formes, les grandes mises en scène, peuvent donner à la libido, comment dire... cette élévation vers la bassesse...comment dirai-je...hmmm...enfin, le rendre meilleur, plus humain, saperlipopette ! Oh, ma soeur, si j' pouvais, ne serait-ce que... Oh, cet anneau que l'ange trace autour de la flèche...j'avoue que... ah ! fais le premier pas, petite garce !! La Grande Rêverie se trémoussait, oui, mais d'admiration et d'émotion, les yeux au ciel, la croupe tendue...oh, il va tomber !
**C'était bien à Corbu d'amener sa fraise d'architecte dans le débat, d'autant que l'Aristo venait de tendre sa perche de l'univers des formes, ce monde qui touchait Léonard, mais qui rebutait l'Empereur qui ne les mettait pas toujours, ou avec des mots en bois, et qui charmait Giovanni, certes, pourvu qu'il ne touchât pas qu'avec les yeux.
**La forme et le fond, pour Léone, devaient être liés, bien ficelés, et enlevez c'est pesé, et elle y mettait tout son poids d'influence dans la balance, pour retrouver l'essentiel et mettre le paquet, ce bagage intellectuel énorme comme un baise-en-ville qui devait être remis à Rhino pour qu'il fessât, vite et bien.
*
**"C'est pas tout ça, mais j'ai autre chose à faire.
- ??? "

vendredi 1 août 2008

Le romancé

**Ce matin, Victorien est à sa terrasse de café comme à sa tour de guet, ou dans sa chaire.
"Si je puis me permettre, Maître, c'est un manifeste de première que tu écris là, une mise au point permanente sur la nouvelle manière d'écrire ?
- Oui, tout le problème, c'est, comme on dit quand on écrit un roman, le "romancé".
- Ah oui ?
- Sans arrêt il faut l'avoir à l'oeil, le romancé, sinon, ça dérive vers la baliverne admise depuis perpette, la bondieuserie, la vessie de lanterne ou la psychologie, enfin de la crotte bien occidentale"
Grande forme guerrière aujourd'hui, donc. "Alors la suite d'hier, vite ! S'il te plait ! - Voilà !"
*
**La "Wanderung" vers Coutances - l'Empereur avait imposé son style d'emblée - s'était merveilleusement déroulée dans l'enthousiasme et la frénésie de l'espoir de voir de grands jours meilleurs. On s'était régalé des pauses, pendant lesquelles on avait eu des conversations sur le style et l'écriture, le Scribe et le Paillot avaient toute leur place, et donnaient même le ton de l'action par de bons conseils sur l'improvisation littéraire, la disposition des lettres et leurs milliers de combinaisons, que tout le monde était gai, et sans cesse tout neuf comme au premier jour.
**On avait aussi beaucoup ri, d'un rire mêlé de tendresse, quand Léone, avec une régularité de pendulette, faisait sa petite sortie, au prétexte que la marche à pied ça creuse: "Tu me pique-niques, Coco ? J'ai faim de toi" Et Léonard, aux petits soins-soins, honorait la reine dans le trèfle, ce qui prolongeait la récréation.
**C'est Nigmar qui fit l'éléphant dans le jeu de quilles, en déclenchant une série de clics frénétiques, où la vitesse de prise trahissait l'émerveillement, et qui tombaient comme une pluie de grains de riz sur les tours jumelles de la cathédrale qui couronnait l'horizon comme le bicorne du Tout-Puissant que le déusse salua, éberlué, levant un oeil vers le ciel, d'un sincère: "Chapeau !"
Pour des gens qui avaient soupé des clochers, ces deux-là tombaient à pic dans leur soupe pour leur arracher des: "ça alors !...", qu'ils ne purent retenir, tellement c'était... 'y avait pas de mots ! Ils se trouvaient bien devant la cathédrale de Coutances, gothique, incroyable !
*
Eh ben....!

jeudi 31 juillet 2008

Départ de Saint-Sauveur

**Une semaine sans signe de vie de Victorien-georges Volcante. Il m'appelle ce matin. " Des repérages ! - Où ça ? - Entre La Guiche et Hauteville, pardi ! Ecoute !"
** Ce que j'ai entendu valait le coup d'oeil, "et encore, t'as pas tout vu ":

*
**Pour quitter définitivement Saint-Sauveur et faire une belle sortie, ils se mirent en rang par deux et au pas décidé derrière "la Lectrice". Ils sifflèrent une marche, dirigés par un Francis-Arnold inspiré par le rythme à deux temps, une, deux, une deux, dans laquelle se glissa l'ornement, la syncope et les soupirs, tous soudain épris de la rupture de ton, au service de la dominante, de la tierce et de la quinte, car ils savaient "marcher à la sophistique", pas comme des brutes, capables de faire par de beaux ronds de jambes un savant mélange de marche militaire, de menuet, de fandango, de jota et de ségueville, dans le plus pur style de Francis-Arnold à la baguette.
**Ils avaient compris (éblouis, il faut le dire, par la lecture de Léone) qu'ils avaient toutes leurs chances, grâce à la littérature, de montrer leur véritable nature: celle de l'estomac entouré de son foie, de ses rates et vésicules sublimés au goût du jour. C'était ça, vivre, tiens le toi pour dit, Doujésu, on ne le répétera pas.
**Et ils sifflèrent, sifflèrent à tuer les mauvaises têtes, jusqu'à ce que le clocher de Saint-Sauveur eût disparu, disparition qui déclencha des "Youpi ! A bas la littérature de clocher ! A bas la gnasserie ! A nous l'inconnu !" Et les casquettes volèrent, toutes différentes.
**Leur joie d'aventuriers fut assez courte, détrônée par le baba et l'étonnement émerveillé mâtiné de plaisir esthétique et d'admiration élevée devant une prouesse si élancée, joyau de l'architecture normande.
*
**Allez, salut ! A plus tard ! - ??!

vendredi 25 juillet 2008

Le roman

**Je me remets lentement de ma lecture de mercredi. Je ne suis pourtant pas au bout de mes peines. Je me suis plaint auprès de VGV de l'ampleur de son oeuvre. "Je n'arriverai jamais au bout !", gémis-je. Il m'a répondu, laconiquement, pour ne pas me consoler: "En effet". Puis il a ajouté que je n'avais qu'à prendre n'importe où, qu'il y avait le choix et "de quoi", que la lecture n'était pas une purge, que c'était au contraire l'activité la plus digne de l'homme, qui n'échappait qu'ainsi à la sale idée d'être sur terre pour des prunes, que ça en bouchait un coin comme l'écriture, et que c'était le seul moyen de continuer à faire son crâneur despote, et de mauvaise foi si nécessaire. il a ajouté que, si je n'étais pas content avec ça, si je me sentais perdu, je n'avais qu'à fouiller pour retrouver les exergues du bouquin, "bonne chance !", et que la vie elle-même, d'ailleurs, le roman, enfin, sur ce...
** Il est réapparu dans l'après-midi. Il a passé le nez et a dit: "Fais pas la gueule ! Veux-tu que je t'attire par l'odeur d'encre alléché ? Cela va te mettre au parfum de la fabrication de ma romania". Et il me remet ce gribouillage:
*
**Les grandes figures, après avoir entendu la lecture du dernier chapitre, vécue sur le terrain par une Léone qui, c'était certain, avait une enjambée plus sûre, plus déliée, plus cultivée-distinguée, étaient ragaillardies. Elles se dirent convaincues que le prétexte, sous ses petits airs, ma foi, était toujours bon à prendre, portait en lui des conséquences inestimables, imprévisibles, qui, tirées au moindre motif par n'importe quelle ficelle, menaient à un grand texte, pas à du bibelot, mais au Livre que le Messie pourrait lire à haute voix tête haute, pour mener les troupes de l'humanité là où elles devaient aller: à la découverte de leur pot aux roses, qui était certainement plus modeste qu'un graal, mais devait pouvoir tout contenir de ce que l'homme peut y mettre quand il ne met pas dans sa tête de noeud des idées noires ou floues, en inventant des étages supérieurs trancendants ou des doubles fonds, genre inconscient et cachotteries..
**Ainsi, la marche vers Coutances pouvait tourner à mieux qu'une rando, où chacun pourrait se réaliser avec ses grands et petits moyens de bord. Empereur, Don Juan, Aristo ou Escargot, il n'y avait plus de Lézard, et on pourrait sauver le soldat Rhino, chouette !
*
** A nouveau, il me souhaita bonne chance pour la suite.

mercredi 23 juillet 2008

**Victorien-Georges Volcante est rarement de bonne humeur, plutôt dans la "renfrogne". Je l'ai trouvé ce matin guilleret, content de sa plume qui, me dit-il, lui avait "couru au train comme une petite chienne familière". Puis il m'a raconté, excité, comment elle l'avait léchouillé et reniflé, "comme si elle avait flairé une odeur d'enfance oubliée". Il a tenu ensuite, évènement, à me faire lire, à haute voix et vite, l'épisode de Lendeline: Le Bois, La Partie de Cache-cache, L'Assassinat. Comme, après avoir avalé ça d'un trait, j'en réclamai "Une autre ! Une autre !", il dit: "On verra", la boucla, puis décampa, rieur, comme s'il m'avait joué une bonne farce. Mais il est revenu sur ses pas, et m'a lancé, goguenard, avant de disparaître: "Tiens, voilà la dernière, la 1492, sacrée découverte !"

**Voici la page 1492:


*

**Les cliches de Nigmar séchaient sur le fil et, oui, il fallait s'aligner. La seule chose que les héros pouvaient tenter pour ne pas perdre leur face de lune, c'était de se mêler à l'histoire locale, et d'en prendre pour leur grade vraiment. Pas facile ! La ravitaille de Léone était pleine à ras-bord de ses viandes et légendes qu'elle se dégustait en vous prenant ça par le pied de la lettre, comme aut'fois, quand on dévorait la vie avec les dents, sans faire de manières stylistiques. C'était ça ou la famine ! Quelques-uns s'en étaient bien tirés ces dernières heures: Nigmar avait un boulot de grand reporter, Jec s'en branlait moins, il se sentait concerné et, dorénavant, "se masturbait". Branqui aime la pagaille et les choses dans le désordre, et ça convenait à ses goûts, ce "souingue", et puis, en cachette de Carabosse, il zyeutait la déhanche de Léone, sans voir d'ailleurs que Léonard le croquait en flag, passionné, lui aussi, comme Léone, par les modèles vivants. Qu'est-ce qu'il allait se mettre, le Rhino !

** "Justement, tiens, je passerais bien une petite revue, depuis le temps que je vis. Il serait bon de voir l'achalandage, la marchandise, et tout ce qu'on a glané, histoire de faire retour, vérifier si la lecture est vivifiante, après tout ce qui s'est passé". Et, avec son gros panier sous le bras qu'elle ne cessait de remuer comme une satisfaite de ses achats, Léone s'approcha du Scribe qui, aussi sec, aussitôt, frétillant, fit:"AAAAAAAAAAAAhh", et tira une langue longue comme ça pour montrer qu'elle était chargée et rose, qu'il avait fait ce qu'il avait pu, qu'il n'avait rien sur le bout, qu'il était tout à elle à son service, ma reine, ma reine.

**Pour le calmer, pour lui montrer que "mais oui, cette langue me convient", elle lui dit: "Viens ici par là", et sans même chercher un détour, elle s'allongea sur le bord, ouvrit largement les cuisses, et dit au Scribe qui n'était plus qu'une langue: "Vas-y, mets-la moi".

**Le Scribe ne se fit pas prier d'un quart d'Ave, et la lui mit jusqu'au fond du trou pour prouver qu'il avait vraiment fait là du bon boulot, et vraiment utilisé tout le registre, et que "'i Ma'ame 'oulait 'e 'onner la 'eine de 'elire, elle 'ouvait 'ecommencer à 'artir de l'en'rée 'ans 'aint 'auveur". Il n'était pas en péril, dit-il en reprenant son souffle avant de retourner en sa demeure, "là où la langue se va comme un gant".

**"Ah, Ah, Ah oui, vraiment, c'est bien, c'est bon, une très belle langue qui touche au but, félicit..., félicit..., vas-y, Ah, Oh, continue, quel style !, quel Oh, quel Ah !!, appuie un peu à gauche, Oh, Ah,, à droite, formi... ça me donne un courage ding, dong, pour la suite ! Ah, saperlipopette, c'est vraiment comme si on y était, j' revois tout, j' ressents tout, c'est à devenir folle", et attrapant les deux oreilles du Scribe, elle tira à fond pour que la tête rentrât aussi, et que je me retrouvasse nez à nez avec le meilleur suppôt de la littérature véritable en chair et en os.

** "Vous pourriez peut-être relire à voix basse !", dit Léonard, qui était en train de signer ses derniers tableaux réussis, en bas à droite, "vous n'êtes pas seuls ici, comment voulez-vous qu'on se concentre !? - De toute façon, nous avons fini, le chapitre est clos. Passionnant ! Haletant ! Vraiment !, je n'ai pas de mots..." Et Léone se rajusta, se tapota, se fit froutt-froutt sur les cuisses et les fesses pour enlever les brins, et fit quelques pas huilés comme les rouages d'une horlogerie qui roule comme une belle prose, tellement le Scribe y avait mis peu de gomme, que de la salive qu'il n'avait pas perdue, pas une goutte. Puis reprenant son panier qui lui parut léger léger, elle dit: "Cap sur Hauteville !", nettoyée de fond en comble pour un nouveau départ, sûre d'elle et de "cette langue encore plus agréable que la maternelle", cependant que le Scribe, qui se passait la sienne sur les lèvres comme un goinfre rajeuni, mais en se tenant les oreilles, retourna à son pupitre comme à un gouvernail.


*

**Quand j'ai levé les yeux, à bout de souffle, il n'y avait plus personne, seulement un mot sur la table: "J'ai aussi un roman de police piqué de hannetons sous le coude, pour rigoler". VGV. Je m'en promets de bonnes, et, d'abord, de lui demander le titre de cette "machine à crimes et à crapuleries", mais chaque chose en son temps.

mardi 22 juillet 2008

VGV

Je suis peintre. j'eus un jour, sous ma porte, un billet grifonné d'une plume sûre, trois mots de critique sur une oeuvre que "je n'avais pas ratée", signé VGV. J'appris bientôt qu'il s'agissait de Victorien-Georges Volcante. Par la suite, je tentai de forcer VGV à me donner son avis de poète sans foi ni loi que l'art intéresse et dégoûte à la fois. Je savais que je ne devais pas attendre de lui compliments ou cris d'admiration. Il sait propulser d'un mot ou écraser d'un autre, sans garantie ni méchanceté.
Jamais, il y a quelques temps encore, je n'eusse imaginé qu'il m'accorderait la permission de jeter un oeil sur ses manuscrits. J'ose espérer qu'il me permettra parfois de rendre publiques ses pages du jour, fraîches et à peine sèches.
Il ignorait jusqu'à présent "les folies techniques de communication", se contentant de gratouiller le papier de ses cahiers qui forment une tour dans un coin de ses logis. Sous mon insistance, mes "Quel dommage !" et mes "Une oeuvre pareille !", il a consenti à ce que je sois le copiste fidèle de ses morceaux de bravoure. Il s'est laissé allé, par manque de vigilance ou indifférence, "à mettre un doigt dans l'engrenage", et se trouve "emmené" malgré lui, "pris dans les filets du net", amusé.
Le narcissisme n'est pas son fort, et son désir de reconnaissance nul, car il dit: "Si les six milliards d'hommes sur la planète se mettent à avoir une soif individuelle de reconnaissance, ce n'est même pa la peine de sortir de l'auberge !"
VGV est un de ces rentiers riches qui prennent plaisir à l'être. Ne pas travailler ne lui fait pas peur et, puisqu'il est là au moins jusqu'à ce que mort s'en suive, il parcourt le monde, habite ici ou là, sans souci d'adresse, ce qui rend ma tâche aléatoire, car il disparaît sans prévenir, revient de même, se terre sans lever un doigt, pendant des mois, sans signaler sa présence ni son humeur.
Quand, après l'avoir amadoué et lui avoir montré toutes sortes de pattes blanches, il accepta de me faire lire de ses pages, je me mis à pousser, au fil de ma lecture, des "Doux Jésus !" à n'en plus finir. Alors, me regardant d'un oeil pétillant, il me dit: "C'est le titre de ce fatras: Doux Jésus !" J'insistai alors, alléché, pour lire et recopier la première de ces milliers de pages, pour que montât dans les règles, si je puis dire, l'eau à ma bouche, et je ne fus pas déçu:
1
"Doux Jésus !", poussa d'un coup à l'unisson la troupe, Guicheux et Guicheuses venus prier sur la tombe de la fille du Prince Tancredi, quand elle vit sortir de terre le fils né d'outre, nourri au sein de sa mère bien, dehors mis par les vers alambiqués, dévoués corps et âme, sucés ruminés à contre coeur arraché de son père, un jour, par un grand-père sanguinaire, vlouf !
Doujésu naquit par déhiscence, mais dans un ho hisse sensé et bien senti. Quand sa mère fut de la taille d'une grosse prune humaine d'un violet profond à la peau luisante et tendue, admirable, où le monde alentours et souterrain se mirait, elle s'ouvrit et laissa aller le foetus à terme, mouillé de son mucus, enduit de son jus, brillant de ses sucs, fier d'être le noyau dur et neuf d'un nouveau monde qu'il allait tâter, où il ferait naturellement son trou pour grandir.
*
De ce jour, il m'accorda sa confiance épicée de caprices et de sauts de cabri à reculons qui me remplissent de désespoir pendant des jours, car il sait bouder sans raison, et me priver comme d'un dessert du moindre papier. Mais il ressurgit avec un "Alors ?!" ou une liasse noircie accompagnée d'un "Tiens !..."